Michel Fau s'écarte cette fois des personnages d'une aguichante extravagance ou de meneuse de revue qui ont fait son succès. Dans "Demain il fera jour", une pièce que Montherlan écrivit en 1949, à une époque où le public appréciait peu d'entendre évoquer ceux qui durant l'Occupation avaient eu peu scrupules à exercer de rentables activités, il incarne un homme dont le fond sombre constamment apparaît. On connaît l'attrait de ce comédien de très haut vol pour les versants les plus noirs de la nature humaine.Sans doute n'avait-on pas vu pareille pourriture depuis celle que campait Noiret dans le film Coup de torchon de Tavernier ou Michel Galabru dans Uranus de Claude Berri
Familier d'une langue ourlée, la grand bourgeois George Carrion a manifestement assidument fréquenté les salons. Ce qui lui permet de prétendre à sa femme pantelante d'amour pour son fils unique, comme à ce dernier qu'il n'est habité à leur égard que d'intentions louables. Il en arrive même à dire à ce garçon de 17 ans qu'il comprend ses sympathies communistes. Il a en réalité tout à gagner à avoir un fils qui a gagné le maquis. Mais Michel Fau n'est pas comédien à donner à ses interprétation. une couleur unique. Alors qu'il pousse au pire des périls celui qu'il considérait jusqu'à présent comme son bâtard on devine en lui la peur de le perdre.
Un décor à la rampe qui nimbe de lumière les visages rappelle que cette pièce appartient à un temps révolu. Si Michel Fau a trouvé en Léa Drucker une partenaire honorable, il nous faut surtout applaudir les costumes de David Belugou, le décor de Bernard Fau et les maquillages de Pascale Fau
L'Oeuvre tel 01 44 53 88 88
vendredi 7 juin 2013
jeudi 30 mai 2013
Quand je pense qu'on va vieillir ensemble
Voici plusieurs années que le collectif Chien de Navarre que dirige Jean-Christophe Meurisse épate la galerie. Ses spectacle restent le plus souvent joué peu de temps dans une salle. Averti du succès que rencontre la troupe Le théâtre des Bouffes du nord a accueilli sa dernière création "Quand je pense qu'on va vieillir ensemble" pour une durée plus longue. Et le triomphe fut au rendez-vous.
Les premières séquences sont, de fait, on ne peut plus divertissantes. Entretiens d'embauche et castings en tous genres où des disons responsables d'un entrain exaspérant mettent à mal des candidats d'une maladresse désarmante. Alors qu'ils les acculent dans les cordes, les embaucheurs coulent fortes sourires à des bonshommes et bonnes femmes à la recherche frénétique d'emploi. Il leur arrive, qui s'en étonnera?, d'exercer sur eux un sadisme à peine déguisé. Tout cela serait désopilant si les sans emplois n'étaient aujourd'hui pas réellement contraint de courber l'échine devant ceux qui sont censés les sortir de la mouise. Le rire que provoque ces scènes est donc souvent crispé.
Les comédiens pour la plupart s'autodirigent. Les répliques qui fusent changent d'une représentation à l'autre. Et sont quelquefois extrêmement drôles. On déplore néanmoins que le maître d'oeuvre n'ait pas sabrer quelques scènes dans la dernière partie. Les moments où un comédien (par ailleurs doué d'un extraordinaire don de présence ) joue avec son sexe sous l'oeil étonné et gourmand d'une partenaire, elle aussi, comme elle l'a montré par ailleurs interprète de qualité, sont d'une longueur assez lassante
Du 19 au 21 août Festival d'Aurillac
Les 10 et 11 octobre Théâtre du Gymnase Marseille
Une foule de dates suivront
Les premières séquences sont, de fait, on ne peut plus divertissantes. Entretiens d'embauche et castings en tous genres où des disons responsables d'un entrain exaspérant mettent à mal des candidats d'une maladresse désarmante. Alors qu'ils les acculent dans les cordes, les embaucheurs coulent fortes sourires à des bonshommes et bonnes femmes à la recherche frénétique d'emploi. Il leur arrive, qui s'en étonnera?, d'exercer sur eux un sadisme à peine déguisé. Tout cela serait désopilant si les sans emplois n'étaient aujourd'hui pas réellement contraint de courber l'échine devant ceux qui sont censés les sortir de la mouise. Le rire que provoque ces scènes est donc souvent crispé.
Les comédiens pour la plupart s'autodirigent. Les répliques qui fusent changent d'une représentation à l'autre. Et sont quelquefois extrêmement drôles. On déplore néanmoins que le maître d'oeuvre n'ait pas sabrer quelques scènes dans la dernière partie. Les moments où un comédien (par ailleurs doué d'un extraordinaire don de présence ) joue avec son sexe sous l'oeil étonné et gourmand d'une partenaire, elle aussi, comme elle l'a montré par ailleurs interprète de qualité, sont d'une longueur assez lassante
Du 19 au 21 août Festival d'Aurillac
Les 10 et 11 octobre Théâtre du Gymnase Marseille
Une foule de dates suivront
samedi 11 mai 2013
Oblomov de Ivan Alexandrovitch Gontcharov
Oblomov, descendant d'une famille de la noblesse russe mène une existence retranchée, on pourrait même carrément dire assoupie.Il passe, c'est vrai, le plus clair de son temps réfugié dans le sommeil. Ses songes le ramènent à Oblomovska, la maison de son enfance dont le metteur en scène Volodia Serre a eu l'heureuse idée de faire découvrir l'aspect cossu et les proportions appréciables dans un film vidéo projeté en fond de scène. Zakhar qu'il appelle dès qu'il ouvre l'oeil est sa seule compagnie, son souffre douleur mais surtout une sorte de nounou qui est à ses côtés depuis qu'il est né. Ces deux hommes qui ne cessent de s'asticoter visiblement s'adorent. Stolz, un ami de jeunesse, venu rendre visite à Oblomov va employer toute son énergie qu'il a importante à tenter de le ragaillardiser. On apprend ainsi qu'avant de vivre étendu sur son canapé rideaux tirés le bonhomme débordait de vitalité.
A Stolz, incarnation de l'homme nouveau, qui lui vante les vertus d'une vie hyper-active, Oblomov n'a aucun mal à lui en démontrer l'inanité. Cette discussion raisonne avec une singulière force à une époque, comme la nôtre, où l'impératif de réussir a pris des proportions si effarantes. Seule le fera sortir de son inertie résolue et lui mettra le coeur à vif, l'apparition de Olga Sereïevna. Entonnant d'une voix qui lui met les larmes aux yeux Casta diva, sublime aria tiré de la Norma de Bellini, la jeune fille lui apparaît, - comme le personnage de l'opéra - capable d'adoucir ses tourments. Ce qui est évidement démesuré.
Créée par Ivan Alexandrovitch Gontcharov (1812 -1891) le contre - héros Oblomov est devenu une figure incontournable de la littérature russe, une sorte d'incarnation de ce que l'on appelle l'âme slave. Comme le feront les personnages de Tchekhov (qui avait pour son aîné une immense admiration) Oblomov rêve davantage sa vie qu'il ne la vit. On se souvient que les Trois soeurs rêvent d'un Moscou qui n'existe que dans leurs souvenirs.
Volodia Serre a su pousser les comédiens au meilleur d'eux-mêmes. Guillaume Gallienne impose un Oblomov d'une saveur exceptionnelle. Son jeu aux ruptures toutes en finesse est celui d'un immense interprète. Yves Gasc, revenu jouer au Français dont il fut l'un des acteurs phares, compose un Zakhar d'une truculence égale à celle de son "maître". Quant à Marie - Sophie Ferdane, qui a la tâche difficile de jouer une femme de rêve mais aussi un être d'une implacable lucidité, elle est d'une prestance qui ne peut s'oublier.
Jusqu'au 9 juin Théâtre du Vieux Colombier tel 01 44 39 87 00/01
A Stolz, incarnation de l'homme nouveau, qui lui vante les vertus d'une vie hyper-active, Oblomov n'a aucun mal à lui en démontrer l'inanité. Cette discussion raisonne avec une singulière force à une époque, comme la nôtre, où l'impératif de réussir a pris des proportions si effarantes. Seule le fera sortir de son inertie résolue et lui mettra le coeur à vif, l'apparition de Olga Sereïevna. Entonnant d'une voix qui lui met les larmes aux yeux Casta diva, sublime aria tiré de la Norma de Bellini, la jeune fille lui apparaît, - comme le personnage de l'opéra - capable d'adoucir ses tourments. Ce qui est évidement démesuré.
Créée par Ivan Alexandrovitch Gontcharov (1812 -1891) le contre - héros Oblomov est devenu une figure incontournable de la littérature russe, une sorte d'incarnation de ce que l'on appelle l'âme slave. Comme le feront les personnages de Tchekhov (qui avait pour son aîné une immense admiration) Oblomov rêve davantage sa vie qu'il ne la vit. On se souvient que les Trois soeurs rêvent d'un Moscou qui n'existe que dans leurs souvenirs.
Volodia Serre a su pousser les comédiens au meilleur d'eux-mêmes. Guillaume Gallienne impose un Oblomov d'une saveur exceptionnelle. Son jeu aux ruptures toutes en finesse est celui d'un immense interprète. Yves Gasc, revenu jouer au Français dont il fut l'un des acteurs phares, compose un Zakhar d'une truculence égale à celle de son "maître". Quant à Marie - Sophie Ferdane, qui a la tâche difficile de jouer une femme de rêve mais aussi un être d'une implacable lucidité, elle est d'une prestance qui ne peut s'oublier.
Jusqu'au 9 juin Théâtre du Vieux Colombier tel 01 44 39 87 00/01
mercredi 1 mai 2013
Iphis et Iante d'Isaac de Benserade
Créé en 1634 à l'Hôtel de Bourgogne érigé à l'initiative du peu saint homme mais esprit puissant qu'était Richelieu, Iphis et Iante est l'une des quatre pièces que fourbit à 24 ans Isaac de Benserade qui devint ensuite poète et rentra à l'académie française. Mis au courant de l'existence de cette oeuvre écrite alors que Corneille faisait ses gammes, par des spécialistes du théâtre des débuts du 17e siècle, Jean-Pierre Vincent prit avec d'autant de plaisir l'initiative de la mettre en scène qu'elle pouvait être jugée malséante.
Jugez en : née fille alors que son père voulait à tout prix un garçon Iphis grandit déguisée par les soins de sa mère en garçon. Son cas se corse quand à l'adolescence le pseudo jeune homme s'éprend de l'avenante Iante. Laquelle trouve la situation à son goût.
Balançant constamment entre la comédie de moeurs et le drame fantastique le texte fourmille de retournements de situations. D'autant que pantelant d'amour un jouvenceau prénommé Ergaste poursuit Iphis de ses assiduités... Joué avec malice par des comédiens aguerris tels que Charlie Nelson et Eric Frey et des acteurs récemment sortis de l'école du Théâtre National de Stasbourg, le spectacle bénéficie aussi des talents de Bernard Chartreux et de Jean-Paul Chambas fidèles dramaturges et scénographes des créations de Jean-Pierre Vincent Si la pièce, à en croire le metteur en scène se perdait parfois en afféteries, il a eu l'ingénieuse idée de lui donner quelques coups de rabots. Le résultat est savoureux. Il ne plaira, on s'en doute, que médiocrement aux culs bénis qui viennent de faire des leurs.
On imagine sans mal combien le maître d'oeuvre s'est plu à montrer que transformée par les soins d'une déesse en mâle Iphis fait montre d'une vanité confiante annonciatrice d'un machisme décomplexé (un terme dont certains hommes politiques se gobergent si volontiers)
Jusqu'au 6 mai Théâtre Gérard Philipe tel 01 48 13 70 00
Jugez en : née fille alors que son père voulait à tout prix un garçon Iphis grandit déguisée par les soins de sa mère en garçon. Son cas se corse quand à l'adolescence le pseudo jeune homme s'éprend de l'avenante Iante. Laquelle trouve la situation à son goût.
Balançant constamment entre la comédie de moeurs et le drame fantastique le texte fourmille de retournements de situations. D'autant que pantelant d'amour un jouvenceau prénommé Ergaste poursuit Iphis de ses assiduités... Joué avec malice par des comédiens aguerris tels que Charlie Nelson et Eric Frey et des acteurs récemment sortis de l'école du Théâtre National de Stasbourg, le spectacle bénéficie aussi des talents de Bernard Chartreux et de Jean-Paul Chambas fidèles dramaturges et scénographes des créations de Jean-Pierre Vincent Si la pièce, à en croire le metteur en scène se perdait parfois en afféteries, il a eu l'ingénieuse idée de lui donner quelques coups de rabots. Le résultat est savoureux. Il ne plaira, on s'en doute, que médiocrement aux culs bénis qui viennent de faire des leurs.
On imagine sans mal combien le maître d'oeuvre s'est plu à montrer que transformée par les soins d'une déesse en mâle Iphis fait montre d'une vanité confiante annonciatrice d'un machisme décomplexé (un terme dont certains hommes politiques se gobergent si volontiers)
Jusqu'au 6 mai Théâtre Gérard Philipe tel 01 48 13 70 00
mercredi 17 avril 2013
Huis clos de Jean Paul Sartre
Relégué au purgatoire depuis quantité d'années le théâtre de Sartre n'est pas aussi daté qu'on le prétend. Même si certaines de ses pièces telles que La putain respectueuse ou Morts sans sépultures pèchent par un manichéisme trop résolu. Il en va tout autrement de Huis clos où un homme et deux femmes se retrouvent après leur mort dans une chambre surchauffée et ne tardent pas à se prendre de bec. Le climat d'inimitié qui règne entre eux se détériorera davantage encore quand chacun recomposera son passé et offrira aux deux autres une image avilie de lui- même. Ils ne tardent pas de constater que s'ils se trouvent réunis c'est qu'ils possèdent la faculté d'être le bourreaux les uns des autres.
Qui ne se souvient de la fameuse phrase "l'enfer c'est les autres "? Elle est pourtant difficile à généraliser. Les trois personnes contraintes de partager un lieu sans charme ont été choisies car elles n'ont aucune affinités. Il serait plus juste de dire "l'enfer c'est l'éternité". Le grand fleuve du temps s'est figé
Agathe Alexis qui assure la mise en scène et interprète la vindicative Ines a eu la riche idée de concevoir une mise en scène bi-frontale. Ce qui permet de ne pas se sentir à l'étroit comme le trio de malheureux qui prennent conscience de l'adversité de leur sort. L'excellence des acteurs est pour beaucoup dans la réussite de la représentation. Anne Le Guernec est avec conviction une bourgeoise aussi coquette que sans scrupules. Bruno Boulzaguet, le seul que n'a pas attenté à la vie de quiconque a la partition la plus difficile. Dont il se sort avec panache.
On peut parler à propos de Huis-Clos de chef d'oeuvre intemporel. Les nombreux lycéens qui assistaient au spectacle sont arrivés en se lançant des vannes. Quand les acteurs se sont pointés ils sont, jusqu'au bout, restés coi.La preuve que sous la direction d'Agathe Alexis et Alain Alexis Barsacq la pièce développe toute son insolite puissance.
Jusqu'au 12 mai Théâtre de l'Atlante tel 01 46 06 11 90
Qui ne se souvient de la fameuse phrase "l'enfer c'est les autres "? Elle est pourtant difficile à généraliser. Les trois personnes contraintes de partager un lieu sans charme ont été choisies car elles n'ont aucune affinités. Il serait plus juste de dire "l'enfer c'est l'éternité". Le grand fleuve du temps s'est figé
Agathe Alexis qui assure la mise en scène et interprète la vindicative Ines a eu la riche idée de concevoir une mise en scène bi-frontale. Ce qui permet de ne pas se sentir à l'étroit comme le trio de malheureux qui prennent conscience de l'adversité de leur sort. L'excellence des acteurs est pour beaucoup dans la réussite de la représentation. Anne Le Guernec est avec conviction une bourgeoise aussi coquette que sans scrupules. Bruno Boulzaguet, le seul que n'a pas attenté à la vie de quiconque a la partition la plus difficile. Dont il se sort avec panache.
On peut parler à propos de Huis-Clos de chef d'oeuvre intemporel. Les nombreux lycéens qui assistaient au spectacle sont arrivés en se lançant des vannes. Quand les acteurs se sont pointés ils sont, jusqu'au bout, restés coi.La preuve que sous la direction d'Agathe Alexis et Alain Alexis Barsacq la pièce développe toute son insolite puissance.
Jusqu'au 12 mai Théâtre de l'Atlante tel 01 46 06 11 90
samedi 13 avril 2013
La ronde de nuit par le Théâtre Aftaab
Le Théâtre Aftaab a vu le jour à Kaboul il y a quelques années à l'issue d'un stage organisé dans la capitale afghane par Ariane Mnouchkine et des membres de sa troupe. Il parcourt depuis des régions épargnées par la montée du despotisme religieux. Le Théâtre du Soleil, qui fait un peu figure de grand frère, accueille aujourd'hui "La ronde de nuit", sa dernière création collective que met en scène Hélène Cinque.
Nader vient de trouver un emploi de gardien de nuit dans un théâtre désaffecté. Les premières heures qu'il va y passer seront agitées. Ce seront d'abord quelques habitués du lieu qui surgiront de l'obscurité ensuite un cortège de sans papiers originaires, comme lui, d'Afghanistan que le froid polaire a poussé à chercher un refuge. Durant quelques heures ces hommes et ces femmes vont évoquer leurs trajectoires semées d'embûches, être assaillis par des peurs archaïques, avoir le sommeil troublé par l'apparition fantasmée d'une belle de nuit. Il est clair que de nombreuses scènes ont jaillies des effluves de la mémoire des acteurs. Certains entonnent aussi -et cela à notre plus vif bonheur - des chants aux accents séculaires. Quand le jour pointe tous reprennent leur baluchon.
Bien que le propos du spectacle soit loin d'être réjouissant, l'humour constamment pointe. Grâce à "Skype" Nader est en contact fréquent avec sa famille. Les scènes où bousculant sa belle-fille, sa mère se met devant l'écran sont hilarantes mais en disent aussi long sur les traditions familiales 'encore bien ancrées dans d' innombrables contrés de la planète. Nader et sa femme sont à l'évidence épris l'un de l'autre mais ont le plus grand mal a tenir les parents de l'homme à distance.
Parlé tantôt en français, tantôt en perse (traduit en surtitres) le spectacle est truffé de scènes dont le pouvoir d'attraction ne trompe pas. On y reconnait, en effet, la griffe si talentueuse de Mnouchkine.
Bien que par moments un brin maladroit et naïf ce jeune théâtre afghan nous procure un plaisir qu'on ne peut qu'invité à partager.
Jusqu'au 28 avril Théâtre du Soleil Cartoucherie de Vincennes tel 01 43 74 24 08
Nader vient de trouver un emploi de gardien de nuit dans un théâtre désaffecté. Les premières heures qu'il va y passer seront agitées. Ce seront d'abord quelques habitués du lieu qui surgiront de l'obscurité ensuite un cortège de sans papiers originaires, comme lui, d'Afghanistan que le froid polaire a poussé à chercher un refuge. Durant quelques heures ces hommes et ces femmes vont évoquer leurs trajectoires semées d'embûches, être assaillis par des peurs archaïques, avoir le sommeil troublé par l'apparition fantasmée d'une belle de nuit. Il est clair que de nombreuses scènes ont jaillies des effluves de la mémoire des acteurs. Certains entonnent aussi -et cela à notre plus vif bonheur - des chants aux accents séculaires. Quand le jour pointe tous reprennent leur baluchon.
Bien que le propos du spectacle soit loin d'être réjouissant, l'humour constamment pointe. Grâce à "Skype" Nader est en contact fréquent avec sa famille. Les scènes où bousculant sa belle-fille, sa mère se met devant l'écran sont hilarantes mais en disent aussi long sur les traditions familiales 'encore bien ancrées dans d' innombrables contrés de la planète. Nader et sa femme sont à l'évidence épris l'un de l'autre mais ont le plus grand mal a tenir les parents de l'homme à distance.
Parlé tantôt en français, tantôt en perse (traduit en surtitres) le spectacle est truffé de scènes dont le pouvoir d'attraction ne trompe pas. On y reconnait, en effet, la griffe si talentueuse de Mnouchkine.
Bien que par moments un brin maladroit et naïf ce jeune théâtre afghan nous procure un plaisir qu'on ne peut qu'invité à partager.
Jusqu'au 28 avril Théâtre du Soleil Cartoucherie de Vincennes tel 01 43 74 24 08
mercredi 10 avril 2013
Les revenants d'Henrik Ibsen
Comme grand nombre d'écrivains et de cinéastes nés dans les contrées du nord de l'Europe - citons parmi eux Stig Dagerman, Dreyer, Bergman mais aussi nos contemporains Lars Nören et Jon Fosse- Ibsen n'a eu de cesse d'explorer les abimes de l'âme ou si l'on préfère de la psyché. C'est peut être dans sa pièce "Les revenants" qu'il approche de plus prés les tumultes intérieurs de ses personnages.
La veuve Alving qui a recueilli Régine, la fille du menuisier du village, reçoit pour un temps indéterminé la visite d'Osvald, son fils, parti faire une carrière artistique et mené une vie de patachon à Berlin. L'arrivé au même moment du pasteur Mandres avec lequel elle entretient depuis de nombreuse années une relation complexe va la pousser à repêché dans les tréfonds de sa mémoire des souvenirs cuisants. En quelques heures les évènements vont se précipiter et chacun aura à se battre contre des fantômes dont il ignorait la présence et le pouvoir. La violence pulsionnelle de l'honorable veuve et de ceux qui l'entourent laissera le spectateur - tout informé qu'il puisse être de nos assujettissements à des forces inconscientes - interdit.
L'allemand Thomas Ostermeier, qui a su avec constance rénové les canons de la mise en scène, fait montre quand il se mesure à Shakespeare d'une virtuosité époustouflante, quand il s'attaque à Ibsen d'une profondeur de vue qui nous fait découvrir combien l'univers de cet auteur trouve des résonances en nous. Il a pu, c'est clair, disposé de larges moyens financiers. Qu'il a utilisé à bon escient. Son spectacle scintille d'instants magnifiques. En priorité ceux où Valérie Dréville et Eric Caravaca forment le plus monstrueux et irradiant des couples mère-fils.
Cette adaptation modernisée par Ostermeier lui même et Olivier Cadiot est créée au Théâtre Nanterre - Amandier dont Jean-Louis Martinelli, le directeur, vient d'être remercié par la ministre de la Culture. Sans doute ignore t'elle qu'il est, entre autres qualités, l'un des rares metteurs en scène placés à la tête d'un théâtre de la banlieue parisienne dont la programmation concerne autant les populations qui vivent au delà du périphérique que les parisiens...
Jusqu'au 27 avril Théâtre Nanterre-Amandier tel 01 46 14 70 00
La veuve Alving qui a recueilli Régine, la fille du menuisier du village, reçoit pour un temps indéterminé la visite d'Osvald, son fils, parti faire une carrière artistique et mené une vie de patachon à Berlin. L'arrivé au même moment du pasteur Mandres avec lequel elle entretient depuis de nombreuse années une relation complexe va la pousser à repêché dans les tréfonds de sa mémoire des souvenirs cuisants. En quelques heures les évènements vont se précipiter et chacun aura à se battre contre des fantômes dont il ignorait la présence et le pouvoir. La violence pulsionnelle de l'honorable veuve et de ceux qui l'entourent laissera le spectateur - tout informé qu'il puisse être de nos assujettissements à des forces inconscientes - interdit.
L'allemand Thomas Ostermeier, qui a su avec constance rénové les canons de la mise en scène, fait montre quand il se mesure à Shakespeare d'une virtuosité époustouflante, quand il s'attaque à Ibsen d'une profondeur de vue qui nous fait découvrir combien l'univers de cet auteur trouve des résonances en nous. Il a pu, c'est clair, disposé de larges moyens financiers. Qu'il a utilisé à bon escient. Son spectacle scintille d'instants magnifiques. En priorité ceux où Valérie Dréville et Eric Caravaca forment le plus monstrueux et irradiant des couples mère-fils.
Cette adaptation modernisée par Ostermeier lui même et Olivier Cadiot est créée au Théâtre Nanterre - Amandier dont Jean-Louis Martinelli, le directeur, vient d'être remercié par la ministre de la Culture. Sans doute ignore t'elle qu'il est, entre autres qualités, l'un des rares metteurs en scène placés à la tête d'un théâtre de la banlieue parisienne dont la programmation concerne autant les populations qui vivent au delà du périphérique que les parisiens...
Jusqu'au 27 avril Théâtre Nanterre-Amandier tel 01 46 14 70 00
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