mardi 17 octobre 2017

Ceux qui restent. Conception David Lescot

Lorsque la Pologne tombe en 1939 sous le joug nazi Paul avait 7 ans, sa cousine Wlodka 12. Ils sont du petit nombre des témoins encore en vie des atrocités commises dans le ghetto de Varsovie avant qu'il ne fut liquidé et ses habitants déportés à plein convois. Face à David Lescot, ils ont rameutés des souvenirs que pendant des décennies ils furent incapables de mettre en mots. Paul est le fils d'un libre penseur, sa cousine la fille d'un membre du Bund (mouvement révolutionnaire juif) Si les deux enfants purent échapper à une soldatesque rompue à l'insensibilité c'est que des jeunes non juifs les aident à travestir leur identité et leur trouvent des familles qui contre paiement acceptent de les cacher. Si quelques personnes leur viennent en aide, la plupart, se souviennent-ils, étaient plutôt enclins à les dénoncer.Par amour de l'argent comme par haine du "youpin"Malgré ce que Paul appelle des couacs de la mémoire, il en arrive à en rassembler des bribes. Arrivé en France où il vécut dans des maisons d'enfants de l'Union des Juifs pour la Résistance et l'Entraide il ne dira mot de son passé. Jamais les enfants regroupés dans ces lieux n'évoquent leur famille disparue ou les épreuves qu'ils ont traversés. Plus tard il est devenu astrophysicien et a, comme sa cousine, fondé une famille. A celle-ci il s'est, sur ses vieux jours, mis à parler. A une époque où tant d'humains sont à nouveau privés du droit d'avoir des droits les témoignages de Paul et de Wlodka ne peuvent qu'éclairer une jeunesse abreuvée d'informations souvent douteuses. Les interprétations d'Antoine Mathieu et de Marie Desgrange qui, sous la direction délicate de David Lescot, se glissent dans la peau et les nerfs des enfants rescapés sont de celles qui s'impriment en nous. Du 18 au 28 octobre puis du 7 novembre au 9 décembre. Théâtre Dejazet tél 01 48 87 52 55

samedi 14 octobre 2017

Zig Zig de Laila Soliman

Figure phare de la scène égyptienne Laila Soliman rappelle dans Zig Zig des faits atroces que se sont produits en 1919 dans un village de son pays alors sous mandat britannique. Pour se venger d'une agression subie dans la région des soldats de l'empire ont violé de nombreuses paysannes puis après avoir fait main basse sur l'argent et les bijoux ont incendiés leurs maisons. Un procès a suivi au cours duquel plusieurs des femmes outragées ont pris la parole et décrit leur calvaire. Ces récits cinq comédiennes s'en sont emparés qui se glissent tour à tour dans la peau des victimes et de ceux qui jugent de la véracité de leurs témoignages. Il s'agit là d'un théâtre a minima mais d'une puissance peu commune. Les sévices subis par ces femmes ont provoqués chez plusieurs d'entre elles des troubles de l'identité. Ce qui permet à ceux qui les jugent de distordre les faits et de considérer mensongères leurs dépositions. Rentrés au pays les soldats violeurs s'en tirent, eux, sans casse. Ce théâtre documentaire trouve en cette époque qui connaît tant de séismes politiques de troublants échos. Il est,on le remarque, fait peu de cas des paroles de ceux qu'on appelle les migrants. Allégeant la représentation les comédiennes exécutent quelques pas de danse. A d'autres instants c'est pour notre plus grand plaisir que s'élève la voix d'Oum Khalthoum. Dans le cadre du Festival d'Automne. Jusqu'au 21 octobre Nouveau Théâtre de Montreuil tél O1 48 70 48 90

lundi 2 octobre 2017

Stadium Performance documentaire Texte de Mohamed El Khatib

Stadium a l'immense mérite de ne s'inscrire dans aucune tradition. Pour en écrire le texte Mohamed El Khatib, lui-même fan de foot qu'il a pratiqué à haut niveau, s'est longuement entretenu avec des supporters du RC Lens. A partir du matériau recueilli il a conçu ce qu'il appelle une performance documentée et documentaire. Le plateau est occupé par une foule d'hommes, de femmes et d'enfants qui consacrent une part substantielle de leur temps à leur passion et surtout à supporter leur club. Ce qui, on s'en doute leur permet d'échapper aux pesanteurs de la réalité. Et semble les rendre solidaires les uns des autres. Une grand-mère qui défend avec conviction les couleurs du club est entourée de sa nombreuses descendance dont tous les membres - à l'exception d'une belle fille qui soutient une autres équipe... - partagent sa passion. Tous s'expriment sans détour et d'une façon le plus souvent savoureuse. Beaucoup y vont de quelques paroles bien senties où ils apparaissent d'une parfaite lucidité tant pour ce qui est de l'assujettissement des clubs sportifs au système marchand qu'en ce qui concerne les difficultés que connaît leur région où depuis la fermeture des mines et l'effondrement de l'industrie sidérurgique le chômage va en progressant. Ce qui, comme le souligne un maire du Nord Pas de Calais explique le vote protestataire en faveur du Front national d'électeurs d'une région traditionnellement de gauche. Certains se livrent sur un écran situé en fond de scène notamment un homme jeune qui constate que le supporterisme l'intéresse au delà de toute mesure et lui fait faire des sacrifices qu'il risque fort de regretter dans quelques années. Tout n'est donc pas rose chez les membre du Racing Club de Lens. Ce qui n'empêche que le nombre grandissant de supporters qui ont rejoint le plateau où beaucoup se sont mis à danser évoquent irrésistiblement les kermesses et marchés peints par Breughel l'ancien. Dans le cadre du Festival d'Automne et en collaboration avec le Théâtre de la Ville. Jusqu'au 7 octobre La Colline tél 01 44 62 52 52

mardi 26 septembre 2017

Les jumeaux vénitiens de Carlo Goldoni

Jean-Louis Benoit n'a pas son pareil pour aborder des pièces où cohabitent la farce et l'émotion. Les jumeaux vénitiens imaginés par Goldoni ont été séparés à leur naissance. Une vingtaines d'années plus tard ils se trouvent, sans le savoir, tous deux dans la même ville. L'un est un homme dégourdi, l'autre un crétin. Le premier est venu retrouver celle qu'il aime, le deuxième la fille qu'il n'a jamais vue à laquelle on le marie. Leur parfaite ressemblance va créer une avalanche de quiproquos. Le metteur en scène a eu l'heureuse initiative de se lancer dans une adaptation qui respecte le parler brut et à l'occasion le verbe vert qu'affectionnait l'auteur. De ce fait les dialogues constamment font mouche. Montée à un rythme soutenu la pièce apparaît dans toute sa saveur. Pris dans un faisceaux de malentendus, les personnages comprennent que dalle à ce qui leur arrive. C'est ainsi que l'un des frères que la vue d'une épée fait défaillir est pris pour son jumeau solide bretteur... Jean-Louis Benoit montre comme le plus souvent une grande sureté dans sa direction d'acteurs. Entourant Maxime d'aboville qui campe avec époustouflante maestria les jumeaux Victoire Bélézy, Thibault Lacroix et leurs partenaires y vont de tout leur savoir faire. Une mention spéciale à Olivier Sitruk distribué avec justesse dans le rôle d'un faux dévot et authentique canaille qui évoque le Tartuffe de Molière écrit en en 1669. Comme Goldoni écrivit la sienne de pièce 75 ans plus tard on présume qu'il s'en est inspiré. Vieux complice du metteur en scène, Jean Haas a conçu un décor si astucieux que les événements les plus saugrenus peuvent s'y situer. Jusqu'au 31 décembre Théâtre Hébertot tél 01 43 87 23 23

jeudi 21 septembre 2017

Haute surveillance de Jean Genet

Cédric Gourmelon avait monté cette pièce emblématique de Jean Genet il y a vingt ans. Ce fut un émerveillement qui se reproduit aujourd'hui dans la mise en scène qu'il réalise dans le cadre de la Comédie- Française. L'auteur, qui connut l'enfer des bagnes pour enfants, savait d'expérience combien il importe à ceux qui sont enfermés de trouver le moyen d'enchanter leur séjour. Dans son théâtre comme dans ses romans Genet éleva la voyouterie au niveau de la mythologie. Ici ils sont trois dont l'un, Yeux verts, est condamné à mort. Ce qui lui confère aux yeux de ses co-détenus un violent attrait. L'un, Maurice ne cache pas la passion qu'il lui voue. L'autre, Lefranc, seul lettré du trio, écrit les lettres qu'il envoie à sa femme. Entre ces deux hommes la jalousie gagne constamment du terrain. Lorsque leurs regards s'éprouvent le plateau ressemble à une arène. Yeux verts qui, lui, s'exprime le plus souvent à travers des monologues, affirme qu'il est déjà mort. Il semble d'ailleurs, à certains instants désincarné. Comédiens au métier sûr, Sébastien Pouderoux, Jérémy Lopez, Christophe Montenez et Pierre Louis-Calixte (qui campe le surveillant, le gaffe comme ils disent) manient à merveille la langue en fusion de Genet. Les somptueuses lumières d'Arnaud Lavisse achèvent de rendre ce spectacle, osons le mot, ensorcelant. Jusqu'au 29 octobre Studio - Théâtre de la Comédie-Française tél O1 44 58 15 15

lundi 18 septembre 2017

La pitié dangereuse de Stefan Zweig

En adaptant pour la scène le roman de l'autrichien Stefan Zweig, le metteur en scène britannique Simon McBurney révèle l'étourdissante richesse de son vocabulaire théâtral. Dirigeant cette fois des comédiens de la Schaubühne de Berlin, il réalise à sa façon le rêve européen de Zweig. A la veille de la première guerre mondiale le lieutenant Anton Hofmiller, né dans une famille modeste, se trouve de manière inopinée invité chez un richissime propriétaire terrien. L'accueil chaleureux que lui fait ce père d'une jeune paralytique a sur lui un effet enchanteur. Les sarcasmes de ses camarades de beuverie qui traitent son hôte d'origine juive d'escroc ne l'atteignent pas. L'écrivain explore jusqu'à l'effroi la relation qui se noue entre l'officier et l'infirme qui s'est prise pour lui d'un fol amour. Que submergé par la compassion il n'a pas la force de décourager. Et qu'au contraire, malgré une panique grandissante et à son corps défendant, il entretient. Ce qui aura des conséquences dévastatrices. Simon McBurney a réalisé là un spectacle d'une puissance déflagrante. Porté, cela va sans dire, par les acteurs d'une troupe considérée à juste titre comme l'une des meilleures du continent. Dans le cadre du Festival d'Automne et en collaboration avec le Théâtre de la Ville-Paris; Jusqu'au 24 septembre Les Gémeaux 92 Sceaux tél 01 46 61 36 67

mercredi 13 septembre 2017

YOU YOU de Jovan Atchine

You You, qui s'appele en réalité Yougoslavia, est le nom par lequel l'appelait monsieur Rozenberg, qui fut son patron et l'homme de sa vie. Celui-ci vient de mourir. Son fils qui a repris la direction de sa florissante entreprise et que la présence de l'amie de son père indispose lui a "accordé" ses droits à la retraite. Face au personnel de la maison où elle mena des décennies durant une vie industrieuses, You You, tout sourire, fait un discours d'adieu. Celui-ci est entrecoupé par le récit des événements marquants de sa vie. Née au bord du Danube, lequel précise t'elle n'est pas bleu, elle dût quitter son pays quand, après avoir chassés les allemands, les russes, amateurs forcenés des femmes des pays conquis ou libérés, l'occupèrent. Après avoir mené à Paris une existence précaire, elle fit la connaissance de celui qui allait densifier sa vie. Son mariage les éloigna. Mais il revint vers elle quand son couple se mit à battre de l'aile. Il comprit alors que le fils qu'elle élevait était aussi le sien. Aujourd'hui ce fils s'est envolé pour Amérique où il voulait qu'elle le rejoigne. Mais dévouée à son homme comme à sa "boîte, elle déclina son offre. Elle se trouve aujourd'hui irrémédiablement seule et ulcérée que dans la société actuelle les vieux, quelles que soient leurs compétences, soient mis au rebut. Le texte a l'écriture d'une délicatesse extrême est de l'auteur et réalisateur franco-serbe Jovan Atchine. Il est interprété par Mina Poe, comédienne d'élite qui le joue avec l'accent serbo-croate de sa famille et qui longtemps s'est tenue éloignée du métier pour créer une marque de prêt à porter. Elle y revient à présent en rejouant cette partition à laquelle elle s'était mesurée sous la direction de Philippe Adrien en 1983. C'est Elodie Chanut qui assure cette fois la mise en scène. De façon on ne peut plus subtile. Studio Hébertot tél 01 42 93 13 04